Day off #6

13h00 : Gare de Lille-Flandres
En arrivant à mon point de rendez-vous de mission (la gare du Nord, qui a subi un sérieux relifting vitro-métallique en 2003), j’apprends que Pouic est en retard. Elle sera fortement sermonnée, d’autant plus qu’elle a visiblement pris la liberté d’inclure Lille dans la carte d’Ile de France. Mais comme l’on dit chez les vilains, “pourquoi pas, après tout ?”.
Lille, capitale européenne de la culture pour l’année 2004. Soit. Gros battage médiatique, enjeux politiques… le mieux étant encore d’aller vérifier sur pièces.
Une heure plus tard, nous arrivons en gare de Lille-Flandres, parée pour l’occasion d’un halo rose qui tranche avec le design hérité des années 60 (1860). 1ère ironie du sort, la facade est en réalité celle de l’ancienne gare du Nord parisienne, qui fut démontée pierre par pierre pour être reconstruite ici.
Lille2004, donc. Ouverture en fanfare blanche le 6/12/2003. Un an d’installations, expos, spectacles, détournements et métamorphoses en tous genres. Le tout à 1h de Paris ou Bruxelles. La belle aubaine. Pas si sûr… Ci-dessous, le site officiel. Ci-après, quelques points de vue officieux…

14h30 : Direction Roubaix
Comme Paris, Lille a son métro. Ici, le ticket est “vert fructis” (et non “milka délavé”), et les rames automatisées à 100%. Que l’on se rassure, la mine se porte grise all the same.
Nous empruntons l’une des deux lignes qui traverse la conurbation lilloise (Lille-Roubaix-Tourcoing), direction Roubaix, qui héberge l’une des “métamorphoses” les plus médiatisées de Lille2004, la forêt suspendue (3ème vignette).
On vous promet des robots sur les quais et des projections dans les tunnels… soit ça ne marche pas, soit c’est à une autre station… Attention aux infos diffusées sur le site de Lille2004. Il est préférable de vérifier vos infos dans l’hebdo culturel lillois, Sortir, disponible gratuitement dans les cafés..
Le métro ressort en surface. Deux golfeurs s’entraînent sur un practice installé en bord de voie ferrée. Il doit faire -2°C. Vive le golf.
Roubaix, Place de l’Hôtel de Ville. La première image qui vous saute aux yeux en sortant du métro, c’est celle-ci. >
No comment. Ou plutôt si. Ce bâtiment qui avait sans doute pignon sur place avant l’effondrement de l’industrie textile du Nord, est une anomalie, au coin d’une rue marchande où toutes les enseignes habituelles ont élu domicile et planté leur tiroir-caisse.
Pouic espérait trouver des pelotes locales, ou au moins une filature. Hélas, le Palais du Vêtement est un vague bazar tagué. Et fermé.
Transpole (transports lillois)
site officiel
Mairie de Roubaix
Site officiel

15h30 : La forêt qui cachait l’arbre
L’une des images marquantes de la manifestation (dans son exposition médiatique). Une fausse forêt suspendue à l’envers au-dessus de nos têtes, histoire que nous les levions en questionnant notre rapport à la nature, si j’ai bien compris le propos.
Idée séduisante, mais au bout du compte, les photos impressionnent plus que la réalité (et alimentent l’imagination). Las, nous en profitons pour nous promener dans l’ineffervescence des rues glaciales de Roubaix, avec la curieuse impression de nous être fait braconner. Sans doute notre rapport à la nature…
La Forêt Suspendue de Lucie Lom
Place de l’Hôtel de Ville, Roubaix
(jusqu’en février 2004, puis Arras et Lille)
Ce qu’en dit la presse locale
(gazouillis compris)

16h40 : Quand Aubry rêve de Paris
Après quelques heures de déambulations, force est de constater que Lille, bien que désireuse d’affirmer son identité, lorgne sans cesse sur Paris. Le Chemin des étoiles, signé Jean-Claude Mézières, serait une rampe de lancement vers… la capitale.
Le mimétisme est encore plus flagrant à la tombée de la nuit. Joliment éclairée, Lille ressemble à un concentré de Paris. Petite roue, Petit Marais, rien ne dépaysera réellement les Parisiens que nous sommes, sinon que “café crème” se comprend ici “noisette”.
Pour Lille2004, vitrine des ambitions de Martine Aubry, la capitale du Nord a revêtu ses plus beaux habits. Mais les coutures craquent. Depuis l’ouverture en fanfare blanche, on ne sent pas les Lillois très concernés.
Lille2004 aligne pourtant un programme alléchant, pour l’amateur d’abstract hip-hop (live de DJ Spooky) ou de théâtre de rue interactif (Fiona Templeton). En semaine, grosse baisse de fréquentation. Ou alors “jauge non remplie”. Et annulations. Venez le week-end, réservez, et renseignez-vous 4 fois s’il le faut.

23h30 : Urgences du 15ème (siècle)
Pouic devrait vraiment recevoir la médaille du mérite hôtelier. Nous arrivons à l’Hermitage Gantois. Cet hôtel nous en dira 1000 fois plus sur Lille en chuchotant, que les vains abois de la hype.
Edifié en 1463 par Jean de la Gambe dit “le Gantois” , cet impressionnant bâtiment fut pendant plus de 500 ans un hospice pour femmes. Ouvert depuis septembre 2003, l’hôtel a su préserver l’histoire de ce lieu d’accueil, avec sa salle des malades, sa chapelle, ses cours intérieures, ses patios, ses salons et… son matériel médical (cf. photo).
Le lieu impressionne. Les chambres ont une histoire. La nôtre aussi. En prenant notre bain, nous réalisons qu’il y a 5 siècles, au même endroit, on curetait les corps en décomposition. La bascule dans le temps fonctionne à plein régime.
Pouic m’avait promis la peur de ma vie.
On y vient…

00h00 : ynch, Kubrick, et moi
L’hôtel est graphique. Ludique. Coloré. Plein de parti-pris assumés, dans la préservation comme dans le “recyclage”. Du coup, nous avons envie de jouer avec le lieu.
Les longs couloirs rouges mansardés du 2ème étage sont déserts. Cache-cache avec Pouic à l’heure du crime, dans ce dédale plus convaincant qu’un décor de cinéma. En contrebas, un bar ultra-design, déserté. Je pense à Shining, remixé par David Lynch.
Je cours, je me cache, haletant. Silence. Bruits de moquette, de bois, mais personne en vue. Chacun de notre côté, nous prenons des photos, espérant figer un spectre. A vouloir se faire peur ici, on récolte la frayeur de sa vie.
Le reste est à l’avenant, comme l’on dit. Le personnel est jeune, doux, attentionné et surtout très détendu. Pas de stress, le temps s’est arrêté sur cet endroit rare, qui a su préserver sa vocation d’accueil. Merci.
Hôtel Hermitage Gantois
224, rue de Paris
59000 Lille
Tél : 03 20 85 30 30
Informations / réservations

11h00 : Trip Postal
Retour sur Paris dans une heure, juste le temps de filer au Tri Postal, pour finir ce day/off sur une très bonne surprise. Cet ancien centre de tri a été investi pour quelques mois par deux expos futuristes, “Voitures du Futur” et “Robots !”.
La 1ère expose une trentaine de prototypes automobiles conçus au siècle dernier. La plupart sont des modèles uniques, délires de concepteurs qui rêvaient de nous propulser vers le futur. On s’apercevra dans 50 ans qu’ils en avaient 100 d’avance.
Les robots ont une âme. La 2ème expo le prouve. Robots-musiciens, forêt piercée qui se réveille à votre passage, poissons ou plantes asservies, on rencontre de tout dans cette foirfouille métallique. Mais surtout de la vie. Et quelques artistes incroyables, comme Chico McMurtrie ou des chercheurs japonais.
Ah, j’allais oublier… les robots ont une bite. Et aiment se la caresser (cf. photo).
Bientôt, promis, on se fera un day/off à Yokohama…
Tri Postal de Lille
derrière la gare Lille-Flandres
Day off réalisé le 16 décembre 2003.